Publié ledansGaming

J'ai connu Nioh lors de son annonce sur PS2 en 2006. Repoussé, mis au placard puis quasiment abandonné, on peut dire que le jeu n'était plus voué à voir le jour. Mais l'avénement de la série des Souls, et le renouveau du hardcore dans les jeux vidéo ont décidé Sony et la Team Ninja à ressortir le jeu de son tiroir poussièreux. Et après 10 ans de développement chaotique, le jeu est enfin paru, sur PS4. On connait les arlésiennes, c'est jamais bon signe. Quoiqu'il en soit, le jeu arrive t-il à se défaire de cette image de clone de Dark Souls au Japon qui lui colle à la peau depuis sa nouvelle annonce ?

Les aventures de Geralt de Riv au Japon.

Tout d'abord, parlons du scénario du jeu. Première chose à savoir, c'est la Team Ninja qui a développé le jeu. Et vu la qualité des scénarii de la série Ninja Gaiden, on pouvait s'attendre au pire. Sans trop spoiler, en 1600, on incarne Geralt William, un pirate qui après avoir récupéré des Amritas, sorte de pierres magiques pour la Reine d'Angleterre se retrouve jeter en taule parce qu'il en sait trop. En s'échappant, il se fait dérober son esprit gardien, Saoirse (à tes souhaits), par Edward Kelly, l'alchimiste royal et décide donc de le suivre jusqu'au Zipangu. Le Japon en fait.

Actuellement en fac de japonais et suivant donc des cours de civilisation japonaise, ce qui m'a marqué le plus dans Nioh c'est le soin avec lequel ils ont mélangé la realité historique avec les légendes du folklore japonais. J'ai retrouvé tout au long du jeu des personnages historiques dans leurs fonctions historiques, tels que Oda Nobunaga ou encore Tokugawa Ieyasu pour ne citer qu'eux, des lieux existants ou ayant existés, et surtout comme dit plus haut la sensation de participer activement à cette partie de l'Histoire. C'est con comme truc, mais sur moi ça a putain de bien marché.

nobunaga

C'est le même mec, Oda Nobugawa. Ouais je sais ça saute pas aux yeux.

J'invite d'ailleurs les plus anglophones d'entre vous à aller lire cet article qui décrit très bien ce que je viens de dire, comparaisons à l'appui. Attention, spoilers.

Autre truc qui peut choquer, c'est la forte ressemblance de William avec Geralt de Riv, le héros d'Andrev Sapkowski. Clin d'oeil ou plagiat, shirinai.

Onimusha x Bloodborne x Ninja Gaiden x Diablo

#CDarkSoulsPtdr

Attaquons maintenant une grosse partie de jeu, le game design. Le système de combat et la fluidité du William font fortement penser à Ninja Gaiden. Les combats en eux-même, avec les différentes postures ayant chacunes leurs forces et leur faiblesses, les contres, parades et esquives, me rappellent les bons moments passés sur Bushido Blade, jeu de combat de samouraïs sorti sur Playstation première du nom. On dispose de 5 types d'armes au choix, du ninjutsu et ses shuriken, bombes et autres kunai et de la magie qui permet dans l'ensemble de jouer avec les différents types élémentaires du jeu. Ce qui fait le sel du jeu, c'est la gestion de l'endurance. A chaque coup donné, roulade, esquive ou sort lancé, la jauge d'endurance de William diminue et quand on en a plus, ben c'est généralement le décès. Et là Nioh se démarque grâce à l'impulsion de Ki. Après chaque action une portion de la jauge reste blanche et si on appuie sur R1 au bon moment, on récupère cette portion. Cette mécanique détermine à elle seule le niveau du joueur. Une fois que t'as compris comment ce bordel marche, c'est le gg.

nioh-gameplay

L'interface est claire et peu intrusive.

Coté gestion du personnage, on retrouve un système très proche de la moyenne des action rpgs. On amasse argent et points d'expérience, ces derniers permettant d'attribuer des points dans diverses statistiques, comme les points de vie, l'endurance, la force, enfin bref le bordel classique quoi. Ajoutons à cela des points obtenus en fonction de la maîtrise de chaque arme ou magie, à attribuer dans différents arbres de compétences, étoffants ainsi le gameplay au fur et à mesure.

La difficulté relative, le fait de devoir aller chercher son cadavre, les sanctuaires (feux de camp) qui font réapparaître les ennemis quand on s'y repose, on sent que la série de Hidetaka Miyazaki est passée par là. Mais de là à dire que le jeu est un copié collé de Dark Souls, faut vraiment être con. Mis à part ces points-là, qui ne se retrouve pas spécialement que dans les Souls d'ailleurs, les différences entre Nioh et un Souls sont légion. Mais il faut jouer au jeu pour pouvoir l'affirmer parce qu'effectivement de primabord, c'est pas flagrant.

Niveau ambiance, le japon féodal mélant tradition et dark fantasy rend hommage à la série Onimusha. Même les ennemis et plus particulièrement les Oni rappellent les bons souvenirs passés aux cotés de Jean Réno dans Onimusha 3. Les boss, eux, bien que classes pour certains, n'offrent pas grand challenge et intérêt pour peu qu'on ait un minimum de réflèxes et de jugeotte. Mention spéciale toutefois pour la Yuki-Onna, classe et retorse à la fois. On passe plus de temps à en chier pour aller aux boss que sur ces derniers.

Parlons maintenant du point qui fâche le plus dans Nioh, son système de loot qui casse le jeu. A la manière d'un Diablo, on va récupérer moults armes et armures tout au long de notre quète. Ces objets ont des statistiques et des capacités génerées aléatoirement et un niveau correspondant à celui de la mission en cours. Ils ont même poussés le vice jusqu'à introduire des sets d'équipements, donnant accès à des bonus en fonction du nombre de pièces portées, qui sont généralement extrémements puissants. On croule littéralement sous le stuff qui est généralement moins bien qu'une arme unique qu'on récupère en récompense de quête. Tout cet équipement inutile, on peut soit le vendre, mais ça sert à rien parce y a jamais rien à acheter, l'offrir aux kodamas pour gagner de l'expérience, ou le démanteler pour la forge, qui ne sert à rien non plus. En effet, passer du temps à farmer des composants pour se forger une belle lame, et en trouver une nettement meilleure sur un pauvre mob dans la mission d'après, ça décourage fortement à se faire chier pour que dalle.

nioh-arme

Trop de loot tue le loot.

Et comme dans tout jeu qui base la puissance du personnage sur son stuff, on arrive à un moment où on a du stuff tellement pété que le jeu devient easy as fuck. Là où le jeu était exigeant au départ parce que t'es à poil quoi, la fin glisse comme un pet sur une toile cirée. Les ennemis font quasiment plus de dégats, on tue tout en un combo, et les boss déja pas folichons deviennent risibles.

C'est pas forcément la plus grosse qu'est la mieux.

Coté contenu, le jeu est semblable à une miche de pain. C'est copieux, consistant, mais au final c'est rempli d'air et ça cale trop vite.

J'ai mis 80 heures pour finir le jeu à 100%. En sachant que la quête principale se boucle en 25 heures, que nous reste-il ? Tout d'abord des missions annexes qui consistent à refaire les zones des missions principales pour aller chercher l'épée que Machin a paumé, éradiquer des démons, ramasser des objets, ou battre le premier boss du jeu 10 fois d'affilée. D'autre part, le jeu propose les missions crépuscules, qui sont en fait les missions principales, mais sous stéroïdes. Les ennemis sont généralement que des Oni, qui font plus mal, ont plus de vie mais ce qui est ridicule c'est que le boss, lui par contre ne change pas. Du coup déjà qu'il était pas très compliqué, là on le viole. Bref, mis à part l'histoire principale qui je le maintiens, est très bien, le reste de jeu n'est que du remplissage insipide.

nioh-map

Le jeu propose de nombreuses missions, mais loin d'ĂŞtre toutes passionnantes.

Nioh est un bon exemple de la manie qu'ont les développeurs depuis deux ans à rallonger la durée de vie de leurs jeux pour que le joueur en ait pour son argent. Sur le principe, c'est très bien, mais la plupart du temps, comme ici par exemple, c'est mal fait et au final on se fait chier. Dommage.

Niveau réalisation, le jeu est dans la moyenne des jeux d'aujourd'hui, beau mais sans plus. Il propose deux modes. Le premier en 900p 60 fps est celui à privilégier dans le sens où la fluidité est importante dans ce type de jeu. Le deuxième, 1080p 30 fps est pas franchement plus beau et rame du cul sévèrement sur PS4 classique. Sur Pro en revanche, le jeu est en full hd, 60 fps et tourne comme un charme.

Il est temps de conclure cette review beaucoup trop longue. Nioh est un bon jeu, fun à jouer, doté d'un gameplay fluide et profond, parfois trop même, et d'une narration qui ravira toute personne qui aime la dark fantasy et le japon féodal. A coté de ça, il souffre d'un bestiaire plus que limité, de trop d'éléments inutiles et de remplissage qui, je l'espère, seront corrigés dans un prochain opus. Je ne qualifierais pas la difficulté relative du jeu de point négatif, dans le sens où si tu ne respectes pas le jeu, il va vite te le faire comprendre quand même. Et pour finir, non ce n'est pas un clone de Dark Souls. Les gars (et les filles) de la Team Ninja ont réussi à tirer de bons éléments de leurs diverses inspirations pour au final sortir un bon jeu possédant une identité propre, mais qui malheureusement ne marquera pas la patrimoine vidéoludique comme je l'espérais.